« À regarder la plupart des villes en Amérique du nord, on pourrait conclure que
le premier principe de nos sociétés est que les voitures doivent être heureuses ! »
Article - Effet de serre ?
Effet de serre ?
par Christian Boulais

Certains ont vu dans le désastre du Saguenay la manifestation des perturbations du système climatique que seraient en train de provoquer «l'effet de serre», causé lui-même par la pollution. L'effet de serre?On doit plutôt parler «d'intensification de l'effet de serre», parce que l'effet de serre comme tel, c'est une maudite bonne affaire. 99% de l'atmosphère est formé d'oxygène et d'azote.

Mais si la température moyenne de notre planète est de 15 °C, on le doit à plusieurs gaz composant le 1% restant, qui peuvent retenir la chaleur que transmet le soleil. Sans eux, la Terre serait à 18 °C sous zéro... et sans vie. Ces gaz, principalement la vapeur d'eau, le gaz carbonique et le méthane, jouent le rôle des surfaces vitrées d'une serre, d'où l'expression «effet de serre».Ce dont on est certains, c'est que depuis le début de l'ère industrielle, il y a 250 ans, les concentrations dans l'atmosphère de plusieurs gaz à effet de serre ont atteint des niveaux dépassant, et de loin, celles connues depuis 160 000 ans.

L'autre chose dont on est sûr est que la concentration de ces gaz et la température de la planète ont fluctuées de façon très liée aux cours des âges, l'une suivant l'autre presque comme son ombre.On sait aussi que la révolution industrielle a entrainé la consommation croissante des combustibles «fossiles» (formés par la décomposition de matières vivantes il y a des millions d'années) et cela, surtout depuis le milieu du 20e siècle: charbon, pétrole et gaz naturel. Ces combustibles libèrent du gaz carbonique et d'autres gaz à effet de serre.

Ils représentent 80% des rejets de ces gaz. Le reste provient de la déforestation. Les Occidentaux sont les principaux pollueurs. Les climats des différentes régions sont le produit d'une répartition sur toute la surface de la planète de la chaleur retenu dans l'atmosphère, selon des mécanismes complexes. À cause de l'augmentation de l'effet de serre, une croissance significative de la chaleur retenue par l'atmosphère peut donc modifier les climats (températures, précipitations etc) et de ce fait, perturber les écosystèmes, surtout si les changements sont trop rapides, tel qu'on le prévoit.

On observe par ailleurs de nombreux indices laissant croire que nous assistons à des changements climatiques à l'échelle de la planète. Les années 1980 et 1990 jusqu'ici ont été les plus chaudes depuis 160 ans. On observe une augmentation de la fréquence des extrêmes climatiques (violentes tempêtes, sécheresses), le recul de glaciers, l'extension de l'aire d'espèces d'insectes portant des maladies et bien d'autres phénomènes reliés au climat.

Certitudes d'un côté et observations de l'autre: il reste toutefois difficile de prouver hors de tout doute que la pollution est à l'origine des indices observés. Les opposants aux mesures de lutte à la pollution tablent sur les doutes: plus on en sait sur le système climatique plus il apparaît très complexe.

Or on n'arrivera jamais à prouver hors de tout doute que la pollution entraine des changements climatiques défavorables à l'humanité. Le principe 15 de la Déclaration de Rio, endossée en 1992 par tous les pays, stipule toutefois que face à un problème dont on a de sérieuses raisons de croire qu'il ait des conséquences graves pour l'humanité, on doit agir sans attendre les preuves formelles.

Définition qui va très bien à l'augmentation de l'effet de serre.Malgré les incertitudes, les conclusions récentes qui rallient l'immense majorité des scientifiques sont que les indices observés tendent à porter la trace de la pollution et que si celle-ci continue, la température moyenne de la planète augmentera d'environ 2°C d'ici la fin du prochain siècle, avec des conséquences dont l'humanité n'a vraiment pas besoin (perturbations de la production agricole, extinction massive d'espèces animales et végétales, vagues de chaleurs intenses et autres effets d'extrêmes climatiques, expansion de l'aires de maladies infectueuses etc).

Cela parait peu, 2°C, mais lors de la dernière glaciation, qui s'est terminée il y a 15 000 ans, la température de la planète n'était que de 3 à 5°C inférieure à celle d'aujourd'hui et Montréal se trouvait sous 1 km de glace...

Découvrira-t-on un jour que les indices de changements climatiques notés à l'échelle de la planète, du Saguenay à l'Asie, étaient attribuables à des variations naturelles? Chose certaine, étant donné la gravité de la menace, nous ne regretterons jamais d'avoir cru à l'hypothèse de la pollution et d'avoir agit en conséquence le plus tôt possible, ce qui n'est pas fait...

Le problème et ses conséquences envisagées deviennent plus lourds avec les délais.

Par surcroît, les mesures nécessaires pour combattre efficacement le problème permettraient du même coup d'en résoudre de nombreux autres. La réduction massive de la consommation des combustibles fossiles réduirait aussi les rejets de nombreux polluants néfastes pour la santé et les écosystèmes.

L'impérative croissance des modes de transport alternatifs à l'automobile permettrait aussi de grandes économies pour la société et une renaissance des villes. Et que dire du reboisement: en plus d'absorber une partie du gaz carbonique, les forêts protègent aussi les ressources en eau et la biodiversité.
Dernière mise à jour 30.08.2008