« À regarder la plupart des villes en Amérique du nord, on pourrait conclure que
le premier principe de nos sociétés est que les voitures doivent être heureuses ! »
Article - Limite 40
Le projet expérimental 40km/h de la ville de Montréal
Par Christian Boulais

Une mort absurde entraînée par une vitesse excessive coin Mont-Royal et Côte-Sainte- Catherine le 21 août dernier a donné une autre occasion à LA PRESSE d'informer ses lecteurs du projet de la Ville de Montréal de mettre à l'essai la limite de vitesse de 40 km/h. Toutefois, pour détailler le projet, les journalistes n'ont fait que citer un élément d'un rapport du Service de la Circulation, soit le résultat d'un calcul sur l'énergie de choc conféré par un véhicule dont la vitesse est de 40 km/h au lieu de 50 km/h. Cela ne prouve rien d'autre que lors de leurs études au secondaire, les fonctionnaires ont bien compris leur cours de phyique.

Il y a pourtant dans ce même rapport des éléments autrement plus croustillants pour les lecteurs inquiets de la sécurité dans nos rues, portant sur la façon dont le Service traite la question de la vitesse. En effet, on y expose les savantes méthodes de détermination des limites maximales qui consistent à observer la circulation et à fixer la limite en fonction des vitesses que pratiquent une majorité d'automobilistes! On ne peut faire des lois qui ne seront pas respectées, qu'y disent...

Puisqu'une majorité d'automobilistes à Montréal roule en moyenne à 53 km/h, on peut prendre le risque d'abaisser le maximum à 40 km/h, d'autant plus que la police commencera à donner des contraventions seulement à partir d'une vitesse de 51 km/h. La police, en effet, tolère une marge supplémentaire de 10 à 15 km/h. Cela, histoire certainement de ne pas frustrer les automobilistes dans l'image de gens très libres qu'ils se font d'eux-mêmes et pour ne pas perdre le contrôle de la situation.

La police ne devrait donc pas avoir trop de difficultés à conserver les apparences, mais si elle en a, on oublie tout! Autrement dit, dans la mesure où effectivement l'essai montrera que les policiers ne seront pas ridiculisé par les automobilistes, les 2,5 millions$ que la Ville investirait pour généraliser la signalisation du maximum 40, ne serviraient qu'à faire respecter la limite actuelle de 50 km/h... Avec le résultat, et le 40 km/h a fait ses preuves ailleurs, de ne pas changer grand'choses aux impacts de l'automobile sur la sécurité et l'environnement urbain.

Le respect de la qualité de vie urbaine voudrait que la détermination de la limite de vitesse des véhicules automobiles se fasse à partir des besoins du milieu urbain et non pas à partir d'une certaine conception du confort d'utilisation de la voiture, inspirée du début du siècle, quand les rares automobilistes avaient la route à eux seuls.

Alors que la priorité doit être donnée aux piétons, à la protection des enfants et des personnes agées, alors que l'usage du vélo et des transports publics doit être favorisé et que, dans une perpective de revitalisation, les impacts sur l'environnement urbain de l'automobile doivent être réduits, une vitesse excessive dans la plupart des rues en ville, c'est une vitesse automobile supérieure à 30 km/h, voire, dans certains contextes, à 15 ou même 7 km/h.

Et ce n'est pas sur la police que l'on devra compter pour que soient respectées ces limites nécessaires pour sauver la ville. C'est sur le principe selon lequel les automobilistes choisissent leur vitesse surtout en fonction de la lecture qu'ils font de l'environnement qu'ils empruntent. Le jour où l'on adoptera ces maxima qui permettront d'adapter l'auto à la ville, nous aurons commencé à aménager les rues pour qu'elles ressemblent plus à des milieux de vie pour les résidents et les piétons, qu'à des tuyaux servant à écouler la circulation automobile.

Pour que ce jour vienne, il faudrait que les Montréalais fassent connaissance avec les «mesures d'apaisement de la circulation automobile» que l'OSBL Le Monde à Bicyclette, avec de modestes moyens, tente de faire connaître depuis deux ans. Les millions prévus pour des panneaux «Maximum 40» sans effets au moindre relâchement policier, seraient plus utiles à informer la population des potentialités de ces mesures et à planifier leur implantation.

Développées notamment aux Pays-Bas et en Allemagne depuis deux décennies, les mesures d'apaisement de la circulation ont démontré leur grande efficacité à réduire le nombre de tragédies et à rendre au milieu urbain toute sa grâce.

Malheureusement, Vision Montréal et son Père Vert sont définitivement trop myopes pour nous engager dans cette voie d'avenir et des bêtises comme on en a vu coin Mont- Royal et Côte-Ste-Catherine continueront d'être considérées comme d'inévitables sacrifices humains offerts au «besoin de circuler» des automobilistes.
Dernière mise à jour 30.08.2008